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Résumé du roman : Moi, Marcion…
ou les fondements de l'antijudaïsme chrétien


1ère partie : Athènes, été 135
Les bases du système   

Marcion, l'armateur en vogue, expose à son principal adjoint, Sibélius, à son neveu Hertius, à une amie violemment antijudaïque, Marcellina, et à quelques autres, qu'il vient d'être nommé évêque, comme le fut son père, en contre partie du don de son poids en or pour les bonnes œuvres des Pères de l'Église à Rome.
Son diocèse sera l'ensemble des ports où il possède un comptoir sur tout l'Empire romain et sera une prélature personnelle du pape Télesphore. Des églises devront être créées, ainsi qu'une infrastructure pour subvenir aux besoins des plus pauvres des nouveaux convertis.
Il devra aussi créer une maison d'édition pour faire copier et diffuser largement des textes chrétiens comme les épîtres de Paul et l'évangile de Luc dans un premier temps. Il nomme ce corpus, Nouveau Testament, par opposition à la Bible Hébraïque qu'il dénomme Ancien Testament, et qu'il considère comme un ensemble de fantasmes juifs et un détournement de l'héritage mondial des mythologies. Il considère cette œuvre comme un excellent document philosophique mais en aucun cas comme une base théologique.
Il convint son auditoire de l'accompagner dans cette aventure, puis il se lance dans une attaque en règle des juifs dont il veut que les chrétiens se tiennent loin, comme il veut que l'église ne se réfère plus jamais aux textes juifs. On lui fait remarquer que, pour les romains, les chrétiens sont une obédience juive, donc pour cela considérés comme une religion licite. En cas de rupture avec les juifs, ils deviendraient une secte avec les conséquences que cela implique. Il n'en a cure.
Son plan pour atteindre son objectif est le suivant : Il faudra noyauter les universités où ils recrutent leurs cadres. Faire entrer en politique Sibélius à Rome. Distribuer les textes du NT et retirer les copies qui circulent et qui ne sont pas sous contrôle. Faire distribuer les dessins représentant la crucifixion afin de convaincre les analphabètes en frappant leur esprit. Christianiser les militaires de retour de Palestine et qui ont une haine farouche pour les juifs qui ont fait dans leurs rangs de nombreux handicapés qu'il faudra subventionner contre leurs actions prosélytes. Bien sûr former une cohorte de prédicateurs pour convertir une foule de paganistes que le faible apport de sens, dans un monde dur et brutal, rend particulièrement malléable.
Son neveu décide de créer une fraternité secrète qu'il nomme Corpus-Christ, pour protéger la hiérarchie et les fidèles des actions de la police, un système de formation de personnel de grandes maisons pour en faire des espions de la foi, une école de formation de prédicateurs itinérants qui seront logés dans une vaste maison discrète pendant leur temps de transit entre deux opérations. Ces prédicateurs seront des Soldats de la Foi prêts à tout pour convertir.

Tous ces préparatifs, autour de de la nomination de Marcion à Rome comme évêque, entraînent une chaîne d'actions et de rebondissements entre les protagonistes.
Sibélius Aponios est le principal administrateur de l'entreprise de l'armateur Marcus Marcion. Il est l'amant de la femme d'Hertius, le neveu de Marcion, qui l'ignore mais qui lui voue une haine farouche à cause de l'admiration que lui porte son oncle pour sa parfaite gestion de l'entreprise familiale. Hertius entretient une foule de malfrats qui lui servent à recouvrir les créances douteuses de l'entreprise de son oncle.
Marcion en surpayant tout son monde et en jouant sur les rivalités des uns contre les autres, veut créer une structure apte à installer le christianisme sur l'empire romain en prenant à revers les Pères de l'église à Rome, et en instaurant ce que lui considère comme le seul évangile de Jésus-Christ, celui de Luc. Sans les juifs ni le judaïsme. De près ou de loin.

2ème partie : Rome, juillet 144
Le procès et ses conséquences   

Dix ans ont passé. Marcion reçoit un ami juif, Amos. Il lui explique que demain il passe devant un concile chrétien qui veut l'exclure de la Grande Église, car ils trouvent inopportune son idée de se séparer des juifs, de leurs livres sacrés, et leur culture. Il lui explique qu'il n'est pas antijudaïque… dans la mesure où les deux obédiences se séparent, avec chacune ses textes sacrés, sa culture, ses rites et traditions. Il insiste sur ce thème. Il souhaite l'entendre sur des sujets juifs comme l'Alliance avec Dieu et l'Élection du peuple juif qui s'en suivi, pour bien comprendre et pouvoir argumenter en connaissance de cause.
Amos admet qu'effectivement, en voulant détourner à leur profit les textes sacrés juifs sans leurs rites et traditions, les chrétiens veulent faire un judaïsme léger et sans les juifs, ce qui tout de même est paradoxal.
Puis pour éclairer Marcion il raconte la Genèse, Adam et Eve, Caïn et Abel, l'arche de Noé, Abraham et Sarah, la terre promise à Canaan, Moïse, l'Égypte, la fuite, la circoncision et les dix commandements qui forment l'Alliance avec Dieu. En cas de manquement à la Loi de Moïse, Dieu sera terrible avec ses protégés.
Puis il traite de la question de l'Élection. C'est une forme de sainteté. De recherche de la perfection. Celle du peuple Élu de Dieu accablé par une foule de missions plus délicates à mener les unes que les autres en contre partie de la protection divine. C'est pour cela que les rites juifs sont si complexes et que l'on pense les juifs comme des gens compliqués. Et en plus les juifs ont la mission d'être des prêtres et des témoins. Ils doivent donc écrire tout ce qu'ils observent.
Enfin Marcion aborde la question du statut des juifs chez les romains. Il explique que les dérogations qui leur sont accordées pour assumer leur Foi heurtent les romains. Que leur peur de l'impureté par le contact avec les goy excèdent le peuple. Que leur crainte de manger impur les empêchent de communiquer avec les autres car ils sont dans l'obligation de tout refuser, de ne jamais participer aux festivités communes. On les rejette par ce qu'ils s'excluent. Ils s'enferment pour ne pas être souillés.
Ils se quittent définitivement fâchés.

Le lendemain Marcion passe devant le tribunal qui doit décider de son sort au sein de la Grande Église. Il y a là les dix évêques représentants les principales régions chrétiennes d'Italie, Carolin Berthus, préfet de la congrégation de la foi et gardien de l'orthodoxie, Fabius de la Palaré qui fera office d'avocat du diable pour Marcion. Et l'évêque de Rome considéré comme le chef de l'église, Pie 1er, le pieux Lorenzo Rufinus et deux frères scribes affectés au concile pour noter scrupuleusement tout ce qui se dit.
Après les procédures d'usage on lit l'acte d'accusation.
Refus d'accepter les ouvrages juifs comme Livres Sacrés de théologie.
Refus d'accepter Jésus comme fils de l'Homme, mais comme " pur esprit. "
Refus d'accepter la Sainte-Trinité, concept trop païen à son avis.
Refus d'accepter un Dieu unique, pour préférer une divinité duelle.
Marcion s'explique. Il aborde la question juive par la diaspora. Il explique pourquoi d'après lui, Dieu n'aime pas les juifs, ces Élus de Dieu, et les contraint toujours à repartir vers l'errance. Donc la diaspora, la dispersion, est un châtiment Divin.
Il aborde ensuite les questions de l'histoire confrontée à la religion, et explique, en passant en revue tous les événements de cette période de cent ans, en 35 et 135, pourquoi il pense que de la mort de Jésus jusqu'à ce jour d'été de 135, tout est contre les juifs.
Il parle de Paul et de ses épîtres, de Luc et de sa Bonne Nouvelle. Voilà les seuls hommes inspirés par le Bon-Dieu qui trouvent grâce à ses yeux. Tous les autres textes, tous ces sois disants évangiles devraient être retirés de la circulation. D'ailleurs il s'y emploie. Seul compte le Nouveau Testament, ce Livre Sacré qui ne parle que de Jésus, pas des juifs qui sont l'Orient quand les chrétiens sont l'Occident, et qu'ils n'ont rien de commun avec ces Orientaux. Ni dans le raisonnement, ni dans les rites. D'ailleurs, tout ce qui symbolise les juifs a été rejeté par Paul. La circoncision, les interdits alimentaires, l'obsession de ces rituels contraignants et coercitifs. Le sabbat pour préférer le dimanche, le jour du Seigneur. Plus rien ne reste d'eux. Pourquoi s'empêtrer dans leur culture, leurs traditions. Il faut se séparer d'eux.
Il détaille sa conception de la religion : Un Dieu Créateur, mauvais, celui des juifs qui a généré la Bible hébraïque de laquelle il faut se séparer, et un Dieu suprême, bon, révélé par le Christ, celui des chrétiens. De plus il pense qu'il ne peut y avoir de résurrection de la chair car cela impliquerait la continuité du mal qui est contenu dans la vie matérielle.
Il conclut en disant que le monde chrétien n'a pas besoin du monde hébraïque pour s'épanouir. Qu'il refuse de détourner les textes juifs au profit des chrétiens car de ce fait naîtra un jour une ambiguïté perverse qui nuira aux juifs et aux chrétiens.
La séance est levée, tout est dit. Il sort et laisse le concile délibérer.

Après un long débat houleux et contradictoire, l'assemblée vote son éviction de l'église et le remboursement de ses dons afin de couper court avec lui et qu'il ne subsiste pas de contentieux entre eux et lui. On le fait entrer et on lui annonce le verdict. On lui offre le dernier mot.
Marcion regrette qu'ils ne sachent pas laisser leur nom dans l'histoire en décidant de se séparer des juifs et de leurs livres. Ils les qualifient de rêveurs, qui rêvent une utopie, et qui se réveilleront avec un cauchemar. Enfin il rappelle que si Jésus est révolutionnaire c'est parce qu'il bouleverse la compréhension d'un monde juif figé et justicier, pour un monde d'amour et de rédemption. Que Christ prônait la Foi en son Père contre la Loi de Moïse.
Enfin il explique que dès demain il ira expliquer aux autorités que le christianisme n'a plus rien à voir avec le judaïsme. Dès lors la vindicte du juge romain sera implacable pour les sectaires. Il les forcera ainsi à être de vrais chrétiens, pas de faux juifs. Il quitte l'assemblée.
Pie reprend la parole et annonce qu'il va falloir rapidement faire disparaître du corpus chrétien la pensée Paulinienne antijudaïque en épurant les textes, et reprendre en main les ateliers de Parchos pour que les textes produits soient dorénavant comme ils se doivent d'être.

Marcion explique devant ses amis et collaborateurs qu'il veut construire son obédience comme une machine de guerre efficace, avec une méthodologie structurée et huilée. Il veut reprendre en main son réseau d'églises avant que Pie ne s'en occupe. Il faudra expliquer que le marcionisme ne s'intéresse qu'à Jésus, sans aucune trace de judaïsme. De près ou de loin. En plus il faudra dégoûter à tous jamais les fidèles de l'idée du judaïsme. Que cette notion s'inscrive au fond de leur cerveau et ne s'efface plus jamais.
Marcion précise que cette situation sera favorable aux "Enfants de Jésus" car ainsi seront générés des martyrs et les martyrs sont les meilleurs dynamiseurs. Il demande à Hertius de lui former des futurs martyrs, des hommes, des femmes et des enfants qui adorent Jésus, qui ont une Foi inébranlable, et qui sont prêts à sacrifier leur vie face aux lions dans l'arène sans rechigner. On propose de bâtir des argumentaires de la Foi Totale et de les faire éditer.
Puis il demande à Hertius de prendre contact avec son ami Apelle. Un jeune orateur de talent, un antijudaïque forcené, et féru de théâtre. Il connaît tout le monde dans la profession et se propose de faire établir des scènes de la vie de Jésus pour les jouer sur les tréteaux des foires et marchés. Hertius est emballé par l'idée. Il propose de suite de faire jouer la passion du Christ avec des juifs qui jettent des pierres en boulettes de paille à Jésus. Pour exciter le bon peuple contre les juifs, on distribuera des boulettes aux spectateurs et on les conviera à les jeter sur ces juifs grimés en juifs de caricature. Un bon truc pour façonner les consciences.
Puis Marcion aborda la question des dix commandements. Il savait que les fidèles y tenaient mais il voulait une autre approche. Non judaïque. Et c'est Gratios qui eut l'idée, qui sut formaliser le concept. Il expliqua être frappé par le côté négatif des commandements. Ne fais pas çi, ne fais pas ça ! On est alors dans le juridisme, le droit pénal, le droit coutumier, l'interdiction, l'enfermement. Donc rien à voir avec les juifs, qui une fois de plus, on sut s'accaparer une réalité juridique quotidienne pour en faire une alliance avec Dieu. Puis arrive Jésus, et il énonce le onzième commandement : Aime ton prochain comme toi-même. On passe brutalement du négatif au positif. Du juridisme à l'émotion. Ce onzième commandement est une révolution. Jésus est révolutionnaire et, par le verbe aimer, bouscule la structure d'un judaïsme en dégénérescence. Ils sont tous restés cois. Aimer. Du fond de leurs tripes, ils ont compris que c'était ça le fondement.

On fête de façon grandiose l'élection de Sibélius au Sénat. Tout le gratin de Rome est là. Après la fête, Sibélius rejoint sa jeune maîtresse, Antonia, la fille d'Hertius, qui les surprend au lit. Ses hommes maintiennent Sibélius pendant qu'Hertius lui détruit le visage et le castre sauvagement devant sa fille. Puis il l'emmène dans la cour de la villa et il le crucifie avec des burins de tailleur de pierre. Devant les insultes de Sibélius, Hertius le finit en lui clouant un burin dans chaque œil, ce qui au dire des présents, lui faisait une drôle d'allure.

L'épilogue se passe au Café du commerce, la veille de Noël 2005. Un grand-père et son petit-fils discutent devant un verre. Le petit-fils demande au grand-père si cette histoire est vraie. Le grand-père répond qu'elle est vraie comme le sont toutes les histoires. Puis il continue à raconter l'histoire de Marcion au jeune, qui vraisemblablement veut faire une thèse sur le sujet. Il explique que Marcion en 144 quitte la Grande Église et fonde le Marcionisme. Une secte chrétienne intégriste et fanatique. Pendant les vingt ans qui suivent, jusqu'à sa mort, il déploie avec ses prédicateurs, un zèle farouche pour répandre sur tout l'Empire sa haine du judaïsme. Il va réussir au-delà de ses espérances puisque vers 200, sa pensée pernicieuse du dualisme, de la lutte du bien chrétien contre le mal juif " emplissait l'univers. "
Il explique que bien que mis à l'index, ses ouvrages font flores. Puis le christianisme gagne sur le paganisme et l'Empire romain devient chrétien. Les marcionistes sont poursuivis, mais leur pensée survit. En 500 on décide de les éradiquer, mais c'est trop tard. L'antijudaïsme est fermement ancré dans l'esprit des chrétiens. En 1096, pour la première croisade, les derniers adeptes feront un massacre de juifs entre Metz et le Danube, prétextant que la grande peur du millénaire est due au mauvais esprit des juifs sur les chrétiens.
Marcion réapparaît en 1921, en Allemagne, en pleine montée du nazisme et de l'antisémitisme avec l'édition d'un livre sur le sujet.
Le papy explique ensuite le crime chrétien, la shoah, cette horreur absolue. Les chrétiens en signe de repentance donnent aux juifs une partie de la Palestine sous contrôle anglais à l'époque, pour se construire un pays. Les Palestiniens refusent et la guerre sans arrêt fait des victimes jusqu'à aujourd'hui. Mais vues les imprécations de l'Iran envers Israël, on peut être sûr que l'esprit de Marcion reste vivace dans le monde chrétien qui semble s'émouvoir bien peu de ces déclarations. Attendre et voir. Rapidement probablement.

Copyright : Xavier Ponte-Corto de septembre 2006