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Résumé séquencé du roman : Moi, Marcion…
ou les fondements de l'antijudaïsme chrétien


2ème partie : Rome, juillet 144
Le procès et ses conséquences   

Ch 16 - Loi romaine et religion licite   
- Marcion reçoit dans une modeste demeure, pour le repas de midi, son ami juif Amos Perstilios. Sa maison est simple car en tant qu'évêque, il ne veut aucun luxe ostentatoire. Voilà cinq ans qu'ils ne se sont plus vus car Amos n'a jamais apprécié les déclarations extrémistes de Marcion sur les juifs depuis qu'il est devenu un membre influent de la Grande Église.
- Après les salutations d'usage Marcion explique à Amos la raison de son insistante invitation à ce repas. Demain il passe devant un tribunal religieux. Les chrétiens veulent le renvoyer hors de l'église pour ses propos relatifs à la Bible hébraïque qu'il refuse de voir intégrer dans le corpus chrétien car il considère que c'est un livre sacré juif, qui raconte l'histoire des juifs, et la leur uniquement. Le rentrer dans le corpus chrétien serait un vol manifeste. De plus il considère Jésus comme un pur esprit, comme le fils de Dieu et pas comme le fils de l'homme, donc il récuse la crucifixion, la résurrection, la réincarnation. Pour conclure, ce qu'il veut c'est un total détachement de juifs et de leurs livres, l'indifférence, pour ne prendre en compte que le Nouveau Testament qui ne parle que de Jésus. Il pense que si on ne se sépare pas des juifs, ceux-ci resteront avec le temps comme une preuve vivante du vol chrétien fait aux juifs. Alors tout deviendra possible.
Ceci posé, il demande conseil à Amos pour bâtir son argumentation de défense.
- Amos rappelle à Marcion que la principale raison de cette volonté d'accaparement des livres juifs vient de la loi romaine qui veut que ne puisse être reconnue comme licite qu'une religion qui à un passé historique et des textes réputés anciens, ce qui n'est pas le cas du nouveau testament. Donc les chrétiens sont soit une obédience juive, soit une secte avec ce que cela implique de souffrance car les romains exècrent les sectaires.
- Marcion reconnaît l'exactitude du constat. Aussi il explique que s'il est rejeté il sera dans l'obligation de se radicaliser car devenu sectaire, et de frapper fort sur les juifs pour donner du grain à moudre à ses ouailles, et pour qu'elles aient un bouc émissaire sur lequel se reporter pour les martyres qui ne manqueront pas.
- Comme argumentation Amos propose de faire remarquer que deux plantes différentes dans un même pot ne donnent jamais de bons résultats, et il y en a toujours une qui périclite. Et ce pourrait bien être les chrétiens.
- Ils passent à table. Amos est remonté contre Marcion et contre les chrétiens qui pourrissent leur vie par paresse intellectuelle, facilité circonstancielle. Heureusement qu'une jeune servante plutôt accorte vient changer les idées d'Amos pendant le repas.

Ch 17 - Alliance et Élection   
- Après le repas ils vont dans le jardin sous la tonnelle siroter un digestif. Marcion prend des nouvelles de la famille d'Amos qui résidait en Palestine avant 135. Il les aide et les reclasse dans ses unités de fabrication de textiles. Ils souffrent comme souffrent tous les déracinés. Alors pour revenir au sujet qui le préoccupe Marcion lui demande de lui expliquer ce que sont l'Alliance et l'Élection pour les juifs.
- Alors Amos raconte la Genèse, Adam et Eve, Caïn et Abel, l'arche de Noé, Abraham et Sarah, la terre promise à Canaan, Moïse, l'Égypte, la fuite, la circoncision et les dix commandements qui forment l'Alliance avec Dieu. En cas de manquement, Dieu sera terrible avec ses protégés.
- Puis il aborde la question de l'Élection. C'est une forme de sainteté. De recherche de la perfection. Celle du peuple Élu de Dieu accablé par une foule de missions plus délicates à mener les unes que les autres en contre partie de la protection divine. C'est pour cela que les rites juifs sont si complexes et que l'on pense les juifs comme des gens compliqués. Et en plus les juifs ont la mission d'être des prêtres et des témoins. Ils doivent donc écrire tout ce qu'ils observent.
- Marcion aborde la question du statut des juifs chez les romains. Il explique que les dérogations qui leurs sont accordées pour assumer leur foi, heurtent les romains. Que leur peur de l'impureté par le contact avec les goy excèdent le peuple. Que leur crainte de manger impur les empêchent de communiquer avec les autres car ils sont dans l'obligation de tout refuser, de ne jamais participer aux festivités communes. On les rejette par ce qu'ils s'excluent. Ils s'enferment pour ne pas être souillés.
- Le ton monte entre les deux hommes. Amos décide de quitter Marcion et demande qu'on lui prépare son attelage. Marcion lui demande pourquoi les juifs sont le seul peuple à croire en ses mythes comme à une réalité. Amos dit que Marcion n'aime pas les juifs parce qu'il rejette leur spécificité.
- Ils se quittent définitivement fâchés.

Ch 18 - L'acte d'accusation   
- Dans une église, les participants au concile qui va juger Marcion prient pour que Dieu les aide à prendre la bonne décision.
Il y a là les dix évêques représentants les principales régions chrétiennes d'Italie,
Carolin Berthus, préfet de la congrégation de la foi et gardien de l'orthodoxie,
Fabius de la Palaré qui fera office d'avocat du diable pour Marcion,
l'évêque de Rome considéré comme le chef de l'église, Pie 1er, le pieux Lorenzo Rufinus,
l'accusé, Marcus Marcion,
et les deux frères scribes affectés au concile pour noter scrupuleusement tout ce qui se dit.
- Ils rejoignent ensuite la salle d'audience. Pie ouvre la séance, dit quelques mots sur l'organisation des débats et sur sa volonté de réussir à convaincre Marcion de rester dans l'église compte tenu de son amitié pour lui et de sa compétence pour convertir en masse les païens. Il regrette ses dérives antijudaïque qui veulent priver l'église de ce merveilleux livre sacré qu'est l'ancien testament. Il passe la parole à l'accusation, représentée par Berthus.
- Berthus affronte Marcion de façon quasi physique, puis sur ordre de Pie se décide à quitter l'anathème pour lire l'acte d'accusation.
Refus d'accepter les ouvrages juifs comme Livres Sacrés de théologie.
Refus d'accepter Jésus comme fils de l'Homme mais comme " pur esprit. "
Refus d'accepter la Sainte-Trinité, concept trop païen à son avis.
Refus d'accepter un Dieu unique pour une divinité duelle.
- La parole est donnée à Marcion qui juge et jauge cyniquement l'assemblée d'un regard scrutateur, qui les mets tous mal à l'aise.

Ch 19 - Marcion explicite sa doctrine, ses buts et ses objectifs   
- Il commence par parler des fondements de sa Foi. Il fut avant d'être chrétien un gnostique convaincu. Il explique le gnosticisme. Le dualisme. Les rites secrets. Le bien contre le mal. Son passage au christianisme dû au Jésus d'amour et de rédemption. Son ambiguïté vu son goût pour les christophanies. Ses contradictions nécessaires pour aller de l'avant dans un monde hostile. Son rejet féroce de Jésus fils de l'Homme.
- La salle est en furie contre l'hérétisme de sa pensée. Marcion laisse aller paisiblement et attend que le calme revienne.
- Il aborde la question juive par la diaspora. Il explique pourquoi d'après lui, Dieu n'aime pas les juifs, ces Élus de Dieu, et les contraint toujours à repartir vers l'errance. Donc la diaspora, la dispersion, est un châtiment Divin.
- Il aborde ensuite les questions de l'histoire confrontée à la religion, et explique, en passant en revue tous les événements de cette période de cent ans, pourquoi il pense que de la mort de Jésus jusqu'à ce jour d'été de 135, tout est contre les juifs.
- Il parle de Paul et de ses épîtres, de Luc et de sa Bonne Nouvelle. Voilà les seuls hommes inspirés par le Bon-Dieu qui trouvent grâce à ses yeux. Tous les autres textes, tous ces soi-disants évangiles devraient être retirés de la circulation. D'ailleurs il s'y emploie. Seul compte le Nouveau Testament, ce Livre Sacré qui ne parle que de Jésus, pas des juifs qui sont l'Orient quand les chrétiens sont l'Occident, et qu'ils n'ont rien de commun avec ces Orientaux. Ni dans le raisonnement, ni dans les rites. D'ailleurs, tout ce qui symbolise les juifs a été rejeté par Paul. La circoncision, les interdits alimentaires, l'obsession de ces rituels contraignants et coercitifs. Le sabbat pour préférer le dimanche, le jour du Seigneur. Plus rien ne reste d'eux. Pourquoi s'empêtrer dans leur culture, leurs traditions. Il faut se séparer d'eux.
- Cette première journée d'audition se termine par des prières.

Ch 20 - Bible Hébraïque contre Nouveau Testament   
- La séance reprend, après une nuit agitée pour Marcion qui pense à Amos, à Sibélius et à ce hasard du calendrier, du destin, qui doit le voir peut être élu ce jour au Sénat Romain.
- Il parle de sa vie missionnaire en Égypte, des églises qu'il y a créé, de la foi des chrétiens d'Alexandrie, de la rapidité fabuleuse de l'extension de la religion chrétienne qui va si bien et si naturellement à ce peuple. Il explique que c'est d'Égypte que viennent les mythes juifs, mythes qu'ils ont su merveilleusement conter, mais mythes détournés à leur profit. Il explique longuement la mythologie égyptienne, la réalité égyptienne, sa culture vraiment millénaire, sa science, son rayonnement, son invention du Dieu monolatre par Akhenaton.
- Il parle de la culture gréco-romaine, de la peur de l'église face à la science, à la rationalité. Il parle de son désespoir de ne pas détenir de textes anciens égyptiens pour prouver le fondement de la Foi et de la culture chrétienne car ces textes sont écrits en hiéroglyphes incompréhensibles et que seul reste une culture orale de ces traditions, ce qu'il admet insuffisant pour convaincre les romains de l'antériorité du christianisme.
- Il détaille en sept points sa conception de la religion :
. 1er point, le Créateur du monde est un Dieu qui n'est pas bon, qui est inférieur.
Il dirige le monde matériel.
. Deuxième point, le Dieu Suprême par contre est un Dieu bon, un dieu d'amour resté caché aux yeux du Dieu Créateur jusqu'à ce qu'il nous soit révélé, dans et par le Christ, son fils. Il dirige la vie spirituelle.
. En trois il aborde le sujet qui fâche, celui du Livre. La Bible juive est le Livre du Dieu Créateur. De par ce fait, elle doit être répudiée.
. En quatre il pense qu'il ne peut y avoir de résurrection de la chair car cela impliquerait la continuité du mal qui est contenu dans la vie matérielle, dans nos corps, dans nos cœurs, dans nos cerveaux, dans nos tripes.
. En cinq, il affirme que la Révélation de Christ ne complète ni n'accomplit le judaïsme.
. En six, il pense qu'au dernier jour, le Christ ne jugera pas les hommes, mais séparera ceux qui ont adoré le Créateur, le Démiurge, de ceux qui ont demandé leur rédemption au Bon Dieu.
. Enfin en sept, pour lui Marcion... le seul et véritable apôtre à qui le Christ a confié son Évangile c'est Paul de Tarse. Le treizième apôtre. L'avorton de Dieu. Il lui a révélé que le SALUT en christianisme pur s'obtenait par la FOI en Christ, et non par la LOI de Moïse. Jésus choisit Paul comme assistant humain, lui releva les conditions du salut et l'envoya prêcher son évangile.
- Il conclut en disant que le monde chrétien n'a pas besoin du monde hébraïque pour s'épanouir. Qu'il refuse de détourner les textes juifs au profit des chrétiens car de ce fait naîtra un jour une ambiguïté perverse qui nuira aux juifs et aux chrétiens.
- La séance est levée, tout est dit.

Ch 21 - Le délibéré et le verdict   
- Même salle, mais sans Marcion.
- Pie propose de rapidement voter l'éviction de Marcion. Il leur annonce qu'il vient d'être prévenu de l'élection de Sibélius comme Sénateur à vie, à la quasi-unanimité des votants. Il explique qu'il a souvent discuté avec lui des prises de positions de Marcion et qu'il est souvent en désaccord avec son extrémisme. De plus il pense que Sibélius est plus de leur côté que du côté de Marcion.
- Berthus prend la parole pour demander que les sommes versées par Marcion à l'église lui soient rendues afin de laver le passé d'avec l'hérétique. Contre les sentiments de Pie l'assemblée vote ce remboursement.
- Pie propose de passer au vote contre Marcion. À sa grande surprise, plusieurs mains se lèvent pour demander la parole avant le vote. Il la donne à Fabius de la Palaré.
- En tant qu'avocat du diable dit-il, je veux avant le vote, obtenir quelques précisions sur votre perception de certaines des déclarations de Marcion. Et voilà qu'il pose la question de fond de Marcion : Ne serait-il pas plus logique de bâtir notre religion sur nos livres plutôt que sur ceux des juifs. Il rappelle que les chrétiens étaient paganistes, animistes ou autres, et que jamais ils n'ont connu de juifs, ni ne savent quoi que ce soi sur eux, et s'ils en parlent c'est toujours pour les récrier. Alors avant le vote, je pose une dernière fois la question fondamentale posée par Marcion : Pourquoi nous référer aux juifs de façon formelle, quand une référence évasive pour le lieu de naissance de Jésus suffirait ! Nos fidèles n'en demandent pas plus.
- Pie, furieux, lui rappelle Moïse annonçant l'arrivée d'un prophète, et il est évident qu'il parlait de Jésus. Qu'on ne peut rejeter la tradition juive pour convenance personnelle. Puis il rappelle certaines des positions de Marcion. Par exemple les miracles qu'il conteste comme des améliorations passagères. Ou le côté particulier des résurrections qui ne concernent que des cas relatifs, jamais absolu. Marcion nous insulte dit Pie. Il insulte notre Foi. Voilà la vérité. Marcion se pose comme un pragmatique, un homme d'action, un commerçant avisé venu tard à la Foi. Il n'a pas compris que la Foi est un mystère et que les mystères sont complexes sinon ce ne seraient pas des mystères. Votons !
- Mais non. Voilà Herculus qui s'en mêle. Il raconte que Marcion lui disait récemment que les juifs n'existent de façon disproportionnée que depuis 135, grâce aux chrétiens, par comparaison à eux. Il lui expliquait que c'est à cause de notre référence à leurs livres qu'ils existent. En les emmenant dans nos bagages, on les enchaîne à nous. Pour leur malheur à eux. Puis Axiolos qui rappelle que les romains ne crucifiaient pas les civils en Palestine mais uniquement les porteurs d'armes. D'ailleurs dit-il, les auteurs des évangiles expédient tous en une phrase la crucifixion alors qu'ils digressent lourdement sur des sujets anodins par rapport à cet acte fondateur. Pareil pour le procès mené par Pilate expédié en quelques lignes. Puis ils contestèrent encore et encore.
- En furie, Pie déclara que l'on passait au vote à main levé dans l'instant, que ceux qui seraient contre l'éviction ne seraient pas oubliés par la vindicte papale. Le vote fut unanime.
- On fit introduire Marcion à qui on annonça sans ménagement sa sortie de l'église et le remboursement de ses aides à l'église. Puis on lui donna le droit d'avoir le mot de la fin.
- Marcion regrette qu'ils ne sachent pas laisser leur nom dans l'histoire en décidant de se séparer des juifs et de leurs livres. Puis il les traite de stupides, d'ignares, de lâches, de pleutres et de tant d'autres choses. Il les qualifient de rêveurs, qui rêvent une utopie, et qui se réveilleront avec un cauchemar. Enfin il rappelle que si Jésus est révolutionnaire c'est parce qu'il bouleverse la compréhension d'un monde juif figé et justicier, pour un monde d'amour et de rédemption. Qu'il prônait la Foi contre la Loi.
- Enfin il explique que dès demain il ira expliquer aux autorités que le christianisme n'a plus rien à voir avec le judaïsme. Dès lors la vindicte du juge romain sera implacable pour les sectaires. Il les forcera ainsi à être de vrais chrétiens, pas de faux juifs.
- Il quitte l'assemblée.
- Après un long moment de silence Pie prend la parole, explique qu'il ne faut pas se laisser impressionner par les déclarations fanfaronnes de Marcion, et que les idées de Marcion et de ses amis vont se dégonfler rapidement car les juifs disparaîtront rapidement dans les limbes de l'histoire comme tous ces petits peuples de nomades sans véritable poids.
- Puis il annonce qu'il va falloir rapidement faire disparaître du corpus chrétien la pensée Paulinienne antijudaïque en épurant les textes, et reprendre en main les ateliers de Parchos pour que les textes produits soient dorénavant comme ils se doivent d'être.

Ch 22 - La mise en place du marcionisme   
- Villa de Marcion. Ils sont tous les cinq autour de lui, comme au bon vieux temps. Tous ceux des combats de la première heure. Il y a là Hertius, Sibélius, Parchos, Gratios et Marcellina plus en beauté que jamais.
- Marcion résume la situation à ses amis, réunis pour discuter de la mise en place du christianisme après son éviction du cénacle Romain, et l'élection de Sibélius au Sénat.
- Sibélius avec qui il a passé la matinée en tête-à-tête, demande à les quitter pour superviser avec sa femme la grande fête donnée chez lui ce soir pour honorer son accès au Sénat. Bien sûr, tous sont invités avec leurs familles et amis. Il les remercie tous pour leur aide et explique que, s'ils savent mener leur barque, c'est bientôt la Grande Église qui sera une obédience du Marcionisme en cours d'installation. Il explique aussi qu'il est déçu par l'éviction de Marcion. Il aurait que le christianisme naissant soit travaillé de l'intérieur plutôt que de l'extérieur. Mais il faut faire contre mauvaise fortune bon cœur. Il salue tout le monde et quitte la salle.
- Marcion explique qu'il veut construire son obédience comme une machine de guerre efficace, avec une méthodologie structurée et huilée. Il veut reprendre en main son réseau d'églises avant que Pie ne s'en occupe. Il faudra expliquer que le marcionisme ne s'intéresse qu'à Jésus, sans aucune trace de judaïsme. De près ou de loin. En plus il faudra dégoûter à tous jamais les fidèles de l'idée du judaïsme. Que cette notion s'inscrive au fond de leur cerveau et ne s'efface plus jamais. Il passe la parole à son neveu Hertius, le chef de 'Corpus Christi', pour qu'il explique comment il compte organiser l'avenir.
- Hertius veut faire dans chacune des églises de Marcion de grandes fêtes votives où seront distribués des subsides aux plus pauvres, des codex avec les textes sacrés et des christophanies en nombre. On profitera pour expliquer en détail ce qui est attendu des ouailles et on les incitera à faire un maximum de prosélytisme.
- Marcellina se fait préciser que les autorités seront informés officiellement de la rupture d'avec le judaïsme quand la mécanique sera en place. Elle dit qu'ainsi les juges saurant que le christianisme a deux obédiences et plus aucun lien avec les juifs. On forcera donc la grande église à se positionner, que cela lui plaise au non. La vindicte de la police des religions sera le prix à payer pour l'émancipation.
- Hertius précise tout ce qu'il a mis en place pour que la hiérarchie puisse échapper à la police le moment venu. Les fidèles de base devront prendre leurs précautions dès maintenant.
- Marcion précise que cette situation sera favorable aux enfants de Jésus car ainsi seront générés des martyrs et les martyrs sont les meilleurs dynamiseurs. Il demande à Hertius de lui former des futurs martyrs, des hommes, des femmes et des enfants qui adorent Jésus, qui ont une Foi inébranlable, et qui sont prêts à sacrifier leur vie face aux lions dans l'arène, sans rechigner.
- Parchos propose de bâtir des argumentaires de la Foi Totale et de les faire éditer. Il propose aussi d'embaucher des diseurs de textes de marché et de foire pour qu'ils racontent les histoires de la Sainte Famille. Il enverra des enquêteurs recueillir les émotions des plus exaltés de leurs ouailles afin d'établir des textes de sensibilisation. Ils iront sur place assister aux futurs martyrs et les raconteront.
- Marcion est satisfait. Il lui demande de faire ajouter des colombes qui s'envolent quand la mort approche, des tornades de poussière pour éviter de voir l'insupportable, de rester vague sur les dates et les circonstances. Il faudra aussi faire des christophanies sur ces sujets pour tous les niveaux de compréhension, hommes, femmes, adultes, enfants, vieux, tout.
- Marcion est heureux car il sent ses adjoints en phase avec lui. Tous ont compris leur rôle et tous le joueront à merveille. De plus, libre de la tutelle de Pie, il va pouvoir exprimer à fond ce qu'il ressent, et mettre en place ce qu'il veut, comme il veut. Il se sent un avenir brillant.
- Puis il demande à Hertius de prendre contact avec son ami Apelle. Un jeune orateur de talent, un antijudaïque forcené, et féru de théâtre. Il connaît tout le monde dans la profession et se propose de faire établir des scènes de la vie de Jésus pour les jouer sur les tréteaux des foires et marchés.
- Hertius est emballé par l'idée. Il propose de suite de faire jouer la passion du Christ avec des juifs qui jettent des pierres en boulettes de paille à Jésus. Pour exciter le bon peuple contre les juifs, on distribuera des boulettes aux spectateurs et on les conviera à les jeter sur ces juifs grimés en juifs de caricature. Un bon truc pour façonner les consciences.
- Marcion est heureux d'avoir pour neveu un homme aussi efficace et ingénieux. Il annonce son intention de créer des cimetières et des catacombes spécifiques aux chrétiens. Il demande à Parchos de lui fournir des artistes alliés à la cause pour décorer ces endroits.
- Puis Marcion aborde la question des dix commandements. Il sait que les fidèles y tiennent mais il veut une autre approche. Non judaïque.
- Et c'est Gratios qui eut l'idée, qui sut formaliser le concept. Il expliqua être frappé par le côté négatif des commandements. Ne fais pas çi, ne fais pas ça ! On est alors dans le juridisme, le droit pénal, le droit coutumier, l'interdiction, l'enfermement. Donc rien à voir avec les juifs, qui une fois de plus on sut s'accaparer une réalité quotidienne et juridique pour en faire une alliance avec Dieu. Puis arrive Jésus, et il énonce le onzième commandement : Aime ton prochain comme toi-même. On passe brutalement du négatif au positif. Du juridisme à l'émotion. Ce onzième commandement est une révolution. Jésus est révolutionnaire et, par le verbe aimer, bouscule la structure d'un judaïsme en dégénérescence.
- Ils sont tous restés cois. Aimer. Du fond de leurs tripes, ils ont compris que c'était ça le fondement.

Ch 23 - Sibélius   
- Même dans ses rêves les plus fous, il n'avait imaginé une telle incongruité : Lui, Sénateur à vie de l'Empire Romain. Ils sont six cents sur tout l'Empire et il fait partie de ceux-là. Piotta, une servante de sa femme vient les prévenir que les invités s'impatientent de ne plus les voir. Volodia la congédie sèchement puis se fit câliner par son mari.
- Dans le gigantesque atrium les invités se goinfraient de bonnes choses. Marcion nageait dans le bonheur à un point tel, qu'il faisait même des compliments aux dames. C'est dire ! Volodia le prit par la main et le conduisit à Sibélius qui, en étoile de la soirée, était demandé de partout. Antonia, la petite-nièce de Marcion, la fille aînée d'Hertius se joignit à eux. Une superbe jeune femme de dix-huit ans. La fierté de Marcion et d'Hertius. La petite agaçait Volodia, elle qui l'avait élevé quand sa mère était morte dans un accident voilà tant d'années. Elle trouvait qu'elle roulait trop des hanches et gazouillait à l'excès en présence de son mari.
- Sibélius va d'un groupe à un autre et salue tous ses amis, ses collaborateurs, sa clientèle. La fête se poursuit jusque tard dans la nuit. Il va coucher Volodia manifestement saoule, et qui s'étonne avant de sombrer dans un sommeil profond, que son mari l'ait tant faite boire.
- En quittant la chambre de sa femme, il découvre Piotta qui attend dans l'ombre. Il lui demande de prendre soin de sa femme, et d'être discrète sur sa sortie nocturne. Il file par le jardin et ne va pas loin. Deux blocs à peine. Il pénétra dans une petite villa, dépendance de la grosse que l'on distinguait un peu plus loin.
- Antonia le reçu dans le plus simple appareil. Il la prit debout avec violence, mais sans réussir à lui donner du plaisir. Elle tenta de le relancer, mais l'alcool aidant, il restait flacide. Elle se mit à en rire puis ils allèrent se coucher dans la petite pièce contiguë. Elle lui rigola dans le creux de l'oreille que s'il s'endormait elle se mettrait à crier et c'est son père, Hertius, qui viendrait prendre de ses nouvelles de la maison d'à côté. La plaisanterie noua les tripes de Sibélius qui ne put s'empêcher d'aller voir si de la lumière filtrait des fenêtres de la villa.
- Rassuré il se lance sur le lit et entreprend avec bonheur la jeune femme. Un succès total. Rassasiés ils se mettent à parler. Antonia aborde vite la question de leur avenir. Sibélius rappelle qu'il est marié et que Marcion et Hertius ne prendraient pas avec le sourire la situation. Son père même pourrait devenir violent, comme d'habitude. Il lui signale qu'il doit partir sous peu et lui demande un baiser de départ.
- Elle ne le lui fera jamais car, dans un bruit épouvantable, la porte est fracassée et Hertius et ses hommes en armes déboulent dans la pièce. Sibélius se retrouve nu sur le lit avec le coutelas d'Hertius sur la gorge. Il est sûr qu'il va mourir dans l'instant la gorge tranchée. Mais Hertius veut faire durer le plaisir. Ses acolytes tiennent d'un côté sa fille et de l'autre Sibélius dont il détruit systématiquement le visage, puis il assomme sa fille qui hurle décidément trop fort. Il retourne à Sibélius et d'un geste vif et précis lui coupe les couilles qu'il jette sur le corps de sa fille toujours assommée. Pour stopper les hurlements de son ennemi personnel il lui bourre la bouche d'un tissu jusqu'à ce qu'il ne puisse plus que grogner.
- Ses hommes et lui le traînent dans la cour. On l'attache les bras en croix, à des crochets de part et d'autre de l'immense porte des écuries. Hertius va sur le chantier d'amélioration de la villa, récupère un lot de burins de taille de pierre et une masse. Il asperge Sibélius pour qu'il reprenne conscience et comprenne bien la situation. Il lui présente un burin devant ses yeux tuméfiés et d'un seul mouvement le lui plante dans le poignet droit. Il fait de même pour le gauche. Il recommence à l'asperger pour qu'il puisse vraiment jouir du spectacle de cet intrigant en train de mourir.
- Sibélius grogne. Il lui ôte son bâillon et il l'entend dire qu'il baise sa fille comme il baisait sa femme, qui lui avait donné un fils mort prématurément, Aristote. Et il lui crache au visage. Alors fou de rage et de jalousie, Hertius prend un burin et de la paume de la main lui cloue un œil. Il fait de même avec l'autre œil et finit le clouage à la masse, jusqu'à lui exploser la tête. Alors les hurlements de Sibélius cessent et il s'effondre sur ses supports. Tous les présents furent étonnés par l'allure curieuse que lui donnaient ses poignets crucifiés et les deux burins plantés dans ses orbites.

Épilogue : Au café du commerce   
- Dans un bistrot appelé " Café du commerce ", un grand-père et son petit-fils discutent devant un verre. Le petit-fils demande au grand-père si cette histoire est vraie. Le grand-père répond qu'elle est vraie comme le sont toutes les histoires. Puis il continue à raconter l'histoire de Marcion au jeune, qui veut faire une thèse sur le sujet. Il explique que Marcion en 144 quitte la Grande Église et fonde le Marcionisme. Une secte chrétienne intégriste et fanatique. Pendant les vingt ans qui suivent, jusqu'à sa mort, il déploie avec ses prédicateurs, un zèle farouche pour répandre sur tout l'Empire sa haine du judaïsme. Il va réussir au-delà de ses espérances puisque vers 200, sa pensée pernicieuse du dualisme, de la lutte du bien chrétien contre le mal juif " emplissait l'univers. "
- Il explique que bien que mis à l'index, ses ouvrages font flores. Puis le christianisme gagne sur le paganisme et l'Empire romain devient chrétien. Les marcionites sont poursuivis mais leur pensée survit. En 500 on décide de les éradiquer mais c'est trop tard. L'antijudaïsme est fermement ancré dans l'esprit des chrétiens. En 1096, pour la première croisade, les derniers adeptes feront un massacre de juifs entre Metz et le Danube, prétextant que la grande peur du millénaire est due au mauvais esprit des juifs.
- Marcion réapparaît en 1921, en Allemagne, en pleine montée du nazisme et de l'antisémitisme avec l'édition d'un livre sur le sujet.
- Le papy explique ensuite le crime chrétien, la shoah, cette horreur absolue. Les chrétiens en signe de repentance donnent aux juifs une partie de la Palestine sous contrôle anglais à l'époque, pour se construire un pays. Les Palestiniens refusent et la guerre sans arrêt fait des victimes jusqu'à aujourd'hui. Mais vues les imprécations de l'Iran envers Israël, on peut être sûr que l'esprit de Marcion reste vivace dans le monde chrétien qui semble s'émouvoir bien peu de ces déclarations. Attendre et voir. Rapidement probablement.

Copyright : Xavier Ponte-Corto de septembre 2006